Donation des titres : pourquoi le report n’est pas purgé automatiquement
C’est l’angle mort le plus pénalisant. Beaucoup pensent que donner les titres de la holding à ses enfants efface définitivement le report. Ce n’est pas le cas, ou pas immédiatement.
Idée reçue : « Je fais un apport-cession, puis je donne les titres à mes enfants, et l’impôt disparaît. »
Réalité : dans certains cas, vous ne transmettez pas seulement des titres, mais surtout une dette fiscale latente. Mieux vaut le savoir avant d’apporter.
Lorsque les titres grevés du report sont donnés à un donataire qui contrôle la holding, le report n’est pas purgé sur-le-champ : il est transmis au donataire, à charge pour lui de respecter des conditions. Le donataire doit notamment conserver les titres pendant un délai minimal de conservation, allongé par la loi de finances pour 2026, sous réserve des textes en vigueur à la date de l’opération. Si le donataire cède avant la fin de ce délai, le report tombe et l’impôt devient exigible entre ses mains.
La conséquence est contre-intuitive : un dirigeant qui apporte puis cède, en pensant transmettre ensuite facilement à ses enfants, fige en réalité une dette fiscale latente assortie d’un long délai de portage. À l’inverse, le décès de l’apporteur purge définitivement le report. L’apport-cession peut donc, selon l’objectif poursuivi, faciliter un réinvestissement, ou compliquer une transmission. C’est précisément cet arbitrage qui doit être posé en amont, en lien avec les autres outils comme le pacte Dutreil.
Quand l’apport-cession a du sens, et quand il pénalise
L’apport-cession est pertinent lorsque vous avez un véritable projet de réinvestissement économique après la vente : reprendre une autre entreprise, développer une activité, investir dans des sociétés opérationnelles. Le report sert alors un objectif clair, et le réinvestissement de 70 % correspond à une intention réelle.
Il l’est beaucoup moins, voire devient pénalisant, si votre objectif est de consommer le produit de la vente, de le placer en gestion patrimoniale passive, ou de transmettre rapidement à vos enfants. Dans ces cas, le report ne fait que repousser un impôt en imposant des contraintes longues, et d’autres voies (une cession classique, ou une articulation différente avec la donation et le pacte Dutreil) peuvent être préférables. Il n’y a pas de bonne réponse en soi : il y a une réponse adaptée à votre projet.
Apport-cession, cession classique, articulation avec la transmission : le bon schéma dépend entièrement de votre projet d’après-cession. Échangeons sur le vôtre.
Les points de vigilance à connaître
Au-delà de l’arbitrage de fond, plusieurs conditions techniques encadrent le dispositif. La holding doit être réellement contrôlée par l’apporteur. Le réinvestissement doit porter sur une activité économique éligible, ce qui exclut la gestion patrimoniale passive. Le calendrier (trois ans, puis le délai de remploi) doit être suivi avec rigueur. Et le montage ne doit pas être purement fiscal, sous peine de requalification en abus de droit.
Chacun de ces points peut faire tomber le report s’il est mal maîtrisé. L’apport-cession n’est pas un acte que l’on pose et que l’on oublie : c’est un dispositif vivant, à suivre pendant toute la durée du report.