Les trois conditions à respecter
Le bénéfice de l’abattement repose sur trois piliers qui se succèdent dans le temps.
- L’engagement collectif de conservation. Avant la transmission, les titres font l’objet d’un engagement collectif de conservation, pris par le dirigeant avec un ou plusieurs autres associés (ou seul, dans certains cas), pour une durée minimale de deux ans. Il porte sur un seuil minimal de détention, différent selon que la société est cotée ou non : pour une société non cotée, au moins 17 % des droits financiers et 34 % des droits de vote ; pour une société cotée, au moins 10 % et 20 %.
- L’engagement individuel de conservation. Au moment de la transmission, chaque bénéficiaire (l’enfant, par exemple) s’engage à son tour à conserver les titres reçus pendant six ans à compter de la transmission. C’est la continuité de la détention qui est récompensée.
- La fonction de direction. L’un des signataires ou des bénéficiaires doit exercer une fonction de direction dans la société pendant toute la durée de l’engagement collectif et pendant les trois années qui suivent la transmission. Le dispositif récompense la transmission d’une entreprise réellement dirigée, pas la simple détention d’un patrimoine.
Quelles sociétés et quelles activités sont éligibles
Le pacte Dutreil vise la transmission d’entreprises exerçant une activité opérationnelle : industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale. Les sociétés dont l’activité est purement civile, comme la simple gestion d’un patrimoine mobilier ou immobilier, en sont en principe exclues.
La question se complique pour les sociétés mixtes, qui exercent une activité opérationnelle tout en détenant des actifs patrimoniaux. L’éligibilité s’apprécie alors sur la prépondérance de l’activité opérationnelle. C’est un point fréquent de discussion avec l’administration, qui mérite une analyse en amont.
Pacte Dutreil et holding animatrice : un point de vigilance
La qualification de holding animatrice est aujourd’hui l’un des principaux sujets de contentieux liés au pacte Dutreil. C’est souvent sur ce point que se gagne ou se perd le bénéfice du dispositif.
Beaucoup de dirigeants détiennent leur groupe via une holding. Une holding animatrice, qui participe activement à la conduite de la politique de son groupe et au contrôle de ses filiales, ouvre droit au dispositif au titre de ses propres titres. C’est la voie la plus simple et la plus sûre.
Mais l’absence d’animation n’est pas un couperet. Lorsque les titres de la société opérationnelle sont détenus à travers une ou plusieurs sociétés, y compris non animatrices, le régime des sociétés interposées permet tout de même de bénéficier du pacte Dutreil. L’engagement et l’exonération s’apprécient alors au niveau de la société opérationnelle, à proportion de la participation détenue dans la chaîne. Ce schéma est parfaitement praticable, mais plus contraignant et plus formaliste : il suppose de respecter des conditions de conservation à chaque étage de détention.
Le caractère animateur, lorsqu’il existe, simplifie donc fortement le montage. Quand il n’existe pas, le dispositif reste accessible par interposition. Dans les deux cas, le schéma se sécurise en amont, car cette qualité, comme la solidité de l’interposition, doivent être réelles et documentées.
Pourquoi préparer un pacte Dutreil plusieurs années avant la transmission ?
Le pacte Dutreil ne se met pas en place dans l’urgence d’une succession. Les leviers les plus importants se construisent en amont, parfois des années avant la transmission. C’est ce temps de préparation qui sépare un dispositif solide d’un dispositif fragile.
Plusieurs chantiers se traitent en avance. Sécuriser le caractère animateur de la holding ou, à défaut, la solidité du schéma de sociétés interposées. Mettre en place et faire courir l’engagement collectif de conservation. Organiser la gouvernance et la fonction de direction future. Réorganiser le groupe si nécessaire (apports, restructurations) avant que les engagements ne figent la situation. Et, le cas échéant, sortir de l’assiette les actifs purement patrimoniaux qui n’ont pas leur place dans l’entreprise opérationnelle.
Chacun de ces chantiers prend du temps et ne se rattrape pas une fois la transmission engagée. Anticiper, c’est se donner accès à un avantage que l’attente referme.