Optimiser la fiscalité de la transmission : apport-cession et donation-cession
La fiscalité décide souvent du produit net que vous conservez. Deux dirigeants qui cèdent au même prix peuvent encaisser des montants très différents selon le schéma retenu. C’est ici que le conseil en amont prend toute sa valeur. Cette section présente les mécanismes principaux ; leur pertinence dépend strictement de votre situation, et les seuils fiscaux doivent être vérifiés à la date de l’opération.
L’apport-cession (article 150-0 B ter) : reporter l’imposition de la plus-value
Le principe : avant de vendre, vous apportez vos titres à une holding que vous contrôlez. Cet apport place la plus-value en report d’imposition, au titre de l’article 150-0 B ter du CGI. La holding cède ensuite les titres. Tant que les conditions sont respectées, vous ne payez pas immédiatement l’impôt sur la plus-value d’apport, et vous disposez de capitaux à réinvestir.
La contrepartie est un engagement de réinvestissement. Si la holding cède les titres dans un certain délai après l’apport, elle doit réinvestir une part minimale du produit de cession, dans un délai imparti, dans une activité économique éligible (la simple gestion d’un portefeuille de valeurs mobilières ou d’un patrimoine immobilier propre est exclue). Au-delà de ce délai de détention, l’obligation de remploi ne s’applique pas dans les mêmes termes.
Point de vigilance majeur : le quota de réinvestissement et les délais ont été modifiés récemment. La loi de finances pour 2026 a durci le dispositif. Le pourcentage exact de remploi et sa date d’entrée en vigueur doivent impérativement être vérifiés en source officielle (CGI et BOFiP) avant toute décision. L’apport-cession est un outil puissant mais formaliste : une condition non respectée fait tomber le report et l’impôt redevient exigible.
La donation-cession : transmettre avant de céder
La logique est inverse et complémentaire. Ici, vous donnez tout ou partie des titres (à vos enfants, par exemple) avant la cession. La donation n’est pas un fait générateur d’imposition de la plus-value. La valeur retenue au jour de la donation devient la nouvelle valeur d’acquisition pour le donataire. Si celui-ci cède peu après, à un prix voisin, la plus-value taxable est faible, voire nulle. La plus-value latente est ainsi purgée. Vous transmettez du patrimoine à vos enfants tout en réduisant le frottement fiscal global.
Le montage est efficace mais surveillé. L’administration peut le requalifier en abus de droit si la donation n’est pas réelle, irrévocable et effective, ou si la cession était déjà conclue dans son principe au jour de la donation (par exemple un protocole de vente déjà signé). L’ordre des opérations et le calendrier sont déterminants. Il n’existe pas de délai légal automatique de sécurité : c’est la réalité de la donation et l’absence d’engagement de vente préalable qui protègent le schéma. Là encore, le montage doit être calibré avec un conseil, et les règles applicables (notamment l’encadrement du quasi-usufruit en cas de démembrement) vérifiées en source officielle.
Transmission familiale : l’outil du pacte Dutreil
Quand l’objectif est de transmettre l’entreprise familiale à la génération suivante plutôt que de la vendre, le pacte Dutreil permet, sous conditions d’engagement de conservation des titres et de poursuite de l’activité, un abattement important sur l’assiette des droits de mutation à titre gratuit. Le dispositif est technique : nature des engagements, durée, fonctions de direction, sociétés éligibles. Ses paramètres ont fait l’objet d’ajustements législatifs récents et doivent être vérifiés avant mise en oeuvre. C’est souvent la pièce centrale d’une transmission de PME familiale.